L'implosion de la vie politique brésilienne

Jair Bolsorano, actuel Président du Brésil, issu du parti d'extrême droite, au cœur de la crise écologique de la forêt Amazonienne.

La libération de Luiz Inacio Lula Da Silva, plus connu sous le nom de “Lula”, le 8 novembre 2019 constitue un nouveau rebondissement au sein de la vie politique brésilienne. Ancien président de la République du Brésil entre 2003 et 2011, il était accusé d’avoir touché des pots de vin de l’entreprise pétrolière Petrobras en échange d’attribution de contrats. Condamné par le juge Sergio Moro juillet en 2017, il purgeait une peine pour corruption de huit ans et dix mois depuis avril 2018.

La décision prise par la Cour Suprême la veille de sa libération, que nul ne devrait entrer en prison avant d’avoir épuisé l’ensemble des voies de recours (qui sont au nombre de quatre au Brésil) a permis à l’ancien président de demander sa remise en liberté. Si cette décision constitue un véritable soulagement pour lui, sa situation juridique reste très fragile. En effet, Lula est inculpé dans sept autres affaires. De plus, malgré la possibilité d’un nouveau recours qui serait cette fois examiné par la Cour suprême, il a besoin que la première sentence prise à son encontre en 2017 par le juge Sergio Moro (depuis devenu Ministre de la Justice du gouvernement d’extrême-droite de Jair Bolsonaro) soit annulée. Dans le cas contraire, il serait encore inéligible pour les quinze prochaines années.

La non-suspension de cette sentence serait un véritable coup d’arrêt à son ambition de se présenter à l’élection présidentielle pour briguer un troisième mandat. Cela fût déjà le cas lors de l’élection présidentielle en 2018  alors qu’il bénéficiait d’une voie royale pour redevenir le chef d’Etat du Brésil. En effet, le pays ne disposait plus à ce moment là d’une figure politique de confiance vers laquelle se tourner, en raison notamment des révélations de l’opération “Lava Jato” (Lavage-Express). Cette enquête qui a débutée en 2014, a exposé un système de corruption entre les entreprises et les partis politiques au sein du pays. Les conséquences furent terribles pour la classe politique brésilienne et amenèrent la destitution de la présidente Dilma Rousseff en 2016, ainsi qu’une impopularité sans précédent du gouvernement de son successeur: Michel Temer. Lula apparaissait dès lors comme un potentiel sauveur grâce à la faveur populaire dont il bénéficiait. Cependant, la justice c’était opposée à sa candidature présidentielle, brisant ainsi ses chances de revenir au pouvoir.

Luiz Inacio Lula Da Silva, Président du Brésil de 2003 à 2011. Incarcéré en 2018 pour 8 ans de prison, a été libéré le 8 Novembre 2019.

Si Lula est tant admiré et qu’il bénéficie d’une telle ferveur de la part du peuple brésilien, c’est qu’il a mis en place des plans à but sociaux tout au long de son mandat. Fondateur du Parti des Travailleurs dans les années 1980, Lula est le premier président issu de la classe ouvrière brésilienne et d’un parti de gauche. Durant ses deux mandats, il a appliqué plusieurs plans sociaux tel que la “Bolsa Familia” (programme d’allocations familiales” ou encore “Fome Zero” (programme d’accès aux aliments de base), afin de sortir des millions de Brésiliens de la pauvreté. Cette amélioration de qualité de vie au Brésil est encouragée par la reprise économique qu’a connu le pays en 2004, entraînant une augmentation de la production industrielle et une diminution du chômage. Lula n’a également eu de cesse de mettre le Brésil sur le devant de la scène internationale en renforçant son intégration régionale en Amérique du Sud et en organisant des événements d‘envergure mondiale tels que les Jeux Olympiques de 2014 ou la Coupe du monde de football en 2016.

Malgré cette image de bienfaiteur qui lui permet de remporter la ferveur des militants socialistes, il reste toutefois détesté par une partie des brésiliens pro-Bolsonaro ou anticorruption. Son implication dans plusieurs affaires juridiques ne l’aide pas à remporter l’adhésion et fragilise son futur en politique.

Cette haine est de plus attisée par l’attitude du président actuel Jair Bolsonaro, issu d’extrême droite, qui a déclaré vouloir laisser Lula “moisir en prison”. Ce comportement s’explique aisément:  Bolsonaro est confronté pour la première fois à une opposition politique claire avec une visage défini. L’actuel président est en effet contesté pour sa politique de destruction massive de la forêt amazonienne dans une quête effrénée d’exploitation des ressources.  A cela s’ajoutent ses positions très controversées sur les questions de l’homosexualité, des femmes, des noirs et des peuples indigènes qui indignent une part croissante de la population.

La libération de Lula ne fait par conséquent qu’accentuer la polarité de la politique brésilienne, qui balance entre deux extrêmes. L’opposition est dorénavant ouverte et déclarée, entre deux personnalités clivantes qui n’hésitent pas à dénoncer dès qu’ils le peuvent, les travers de l’autre. Cette situation accélère l’implosion politique du pays, déjà confronté à des difficultés économiques et sociales. Pour résumer, la politique brésilienne se retrouve aujourd’hui scindée entre deux hommes aux idées diamétralement opposées, qui ne semblent ni l’un ni l’autre emporter l’adhésion du peuple. Le défi politique brûlant du pays est donc le suivant: trouver un leader capable d’unifier le pays et de le remettre sur la voie de développement économique et sociale.

Le Projet Brésil

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