Le meurtre de George Floyd par Derek Chauvin, le 25 mai dernier, a ravivé la flamme d’une cause que des personnes (volontairement) naïves pensaient déjà acquise : celle de la lutte contre les discriminations et pour l’égalité entre tous les êtres humains. Après deux semaines de recul et de réflexion sur le sujet, SOS et le Collectif Réagir souhaitent partager leur avis et participer à la réflexion globale.

 

Pourquoi faut-il attendre qu’un tel acte se produise pour que les populations prennent conscience que le racisme est encore et toujours une réalité ?

 

Cette question peut légitimement être posée. De fait, bien que des avancées aient été effectuées en matière de lutte contre les discriminations raciales (notamment depuis la deuxième moitié du 20ème siècle), le racisme continue à se manifester chaque jour, de manière directe comme indirecte.

Comment donc expliquer que le meurtre de Floyd, et non pas, par exemple, un des 1 261 autres commis par la police américaine envers des individus noirs depuis 2015, soit l’acte raciste qui éveille soudainement les consciences ? Plusieurs éléments peuvent expliquer cela, mais un semble plus évident : le caractère inhumain et profondément raciste du meurtre. En effet, le caractère inhumain du crime se suffisait déjà à lui-même pour éveiller les consciences : de fait, existe-t-il une façon plus cruelle et humiliante que d’asphyxier un homme en s’agenouillant sur sa nuque ? Difficilement. Néanmoins, ce qui a profondément fait prendre une autre dimension à cette prise de conscience collective, c’est la symbolique qui s’en dégage : un policier blanc abusant de son pouvoir et soumettant publiquement un innocent noir, qui le supplie pourtant d’arrêter. Existe-t-il une façon plus criante de matérialiser physiquement une haine raciale cultivée depuis des années par cet homme, et des siècles par nos sociétés ? La réponse est ici sans appel, comme en témoigne cette vague de réactions et de soutien que l’on peut constater à l’échelle mondiale, notamment sur les réseaux sociaux.

 

Que peut-on penser de cette vague soudaine de réactions et de soutien sur les réseaux sociaux ? Pourquoi est-elle critiquée par certains ?

 

Ce soutien soudain pour la cause se manifestant sur les réseaux sociaux (notamment par des partages, des posts etc) est la cible de plusieurs critiques, mais deux principales semblent revenir régulièrement et méritent de ce fait un traitement.

La première critique est portée sur l’engagement en lui-même : certains accusent ce type de soutien -via les réseaux sociaux- d’être de l’engagement passif et de ne pas faire avancer les choses. Certes, réaliser ou partager un post, une photo ou une vidéo sur les discriminations raciales ne demandent pas un grand effort (bien que cela demande un effort intellectuel de réflexion sur soi-même et sur la société), et c’est en cela que ce type d’engagement est qualifié de passif par certains. Néanmoins, si l’effort de réalisation ou de partage reste relativement faible, il serait bien réducteur de penser que cela ne fait pas avancer les choses. En effet, en réalisant ou en partageant des publications sur les réseaux sociaux, on affirme notre voix et notre positionnement intellectuel sur le sujet, on s’oppose à l’intolérance et à l’intolérable, et, surtout, on délivre et popularise un message à notre entourage et par extension à des millions de personnes, personnes parmi lesquelles certaines ne sont peut-être pas informées ou sensibilisées à ce qu’il se passe. SOS et le Collectif Réagir soutiennent donc évidemment et vivement cette vague de soutien via les réseaux sociaux et encouragent ainsi chacun d’entre nous à continuer ses actions.

La deuxième critique est bien plus personnelle, car portée sur les personnes s’engageant de cette façon. En effet, si l’on s’en tient à ce que l’on peut parfois lire sur les réseaux sociaux, les personnes ne soutiendraient la cause et ne partageraient que « pour avoir la conscience tranquille », « nettoyer leur image » ou encore « pour faire leur suiveur ». Face à ces commentaires avilissant, rabat-joies et profondément réducteurs, nous n’avons qu’une chose à conseiller : ne laissez pas quelqu’un d’autre vous restreindre dans vos actes de soutien. De fait, pour des causes comme celles-ci, penser et agir positivement comme le fait actuellement une majorité de personne ne fait pas de vous un suiveur, bien au contraire, cela fait de vous une personne qui pense au-delà d’elle-même et pour le bien-être des autres. Ainsi, dans cette perspective, SOS et le Collectif Réagir ne peuvent encore une fois que vous encourager dans votre démarche de solidarité envers cette cause, et, par la même occasion, d’épanouissement personnel par l’émancipation du regard des autres.

 

Cependant, cet élan d’engagement est-il suffisant pour éradiquer le racisme de notre société, notamment face aux formes de plus en plus subtiles que peut prendre ce dernier de nos jours ?

 

Avant d’apporter des éléments concrets de réponse à la question, il semble nécessaire d’expliquer ce qui est entendu par « formes subtiles de racisme ». En effet, si des actes tels que le meurtre de Georges Floyd -ou par exemple des insultes- sont des formes criantes de racisme, ce dernier se manifeste le plus souvent par des formes bien plus subtiles. Elles peuvent s’étendre du geste le plus anodin et parfois involontaire (regard ou attitude méfiante, remarque maladroite ou déplacée etc) à l’acte le plus discriminant et intentionnel mais néanmoins déguisé (un refus d’embauche à cause de la couleur de peau caché par d’autres motifs par exemple). Ce sont d’ailleurs ces formes subtiles qui sont peut-être les plus dangereuses, parce qu’elles sont d’abord difficiles à percevoir, puis compliquées à mettre en lumière afin de susciter l’indignation publique et enfin et surtout quasiment impossibles à supprimer car elles sont profondément ancrées dans la société.

C’est notamment pour cela que, si ce mouvement de soutien est bien entendu très encourageant, il ne saurait être suffisant pour éradiquer le racisme de notre société. Le fait de publier ou partager sur les réseaux sociaux n’est d’ailleurs, en réalité, que la première étape du processus. Il faut ensuite aller plus loin en faisant attention à la fois à nos actes et nos dires aux quotidiens mais également à ceux des personnes autour de nous. En effet, il ne faut pas hésiter à reprendre la personne -que ce soit un proche ou un inconnu- quand on constate une discrimination et à affirmer explicitement et expliquer intelligemment sa position quitte à rentrer dans le débat et parfois à déplaire. C’est la façon d’agir au quotidien la plus efficace que l’on possède si l’on veut progressivement supprimer ces types de comportement autour de nous, et par extension dans la société. L’ultime étape afin de contribuer à cette lutte contre les discriminations n’est d’autre que l’engagement actif. Par engagement actif, on entend toutes les actions qui contribuent soit à lutter directement contre les discriminations (les manifestations et rassemblements pacifiques par exemple), soit à aider les personnes victimes de discriminations (engagement dans des associations ou des projets, dons etc) : de fait, aider ces personnes, c’est améliorer directement leurs conditions et donc affaiblir les discriminations dont ils sont victimes, mais c’est également et surtout leur donner l’espoir et la motivation de continuer en leur montrant qu’ils ne sont pas seuls. C’est dans l’entièreté de ce processus que SOS et le Collectif Réagir s’inscrivent et continueront de s’engager, pour lutter contre le racisme mais également contre toutes les autres formes de discriminations.

 

Si cet élan de soutien et de solidarité est une belle avancée, il n’en reste néanmoins pas suffisant pour faire définitivement changer les choses. Il est en notre pouvoir et notre devoir d’aller plus loin, notamment en approfondissant nos actes pour la cause et en faisant durer ce mouvement dans le temps. Cependant, même s’il n’est pas encore suffisant, cet élan donne de l’espoir et conforte SOS et le Collectif Réagir dans leur intime conviction : celle qu’il est possible d’améliorer l’avenir de notre société.

Enzo Marotto et Giada Cerqui

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