Habitudes alimentaires et inégalités sociales

En 2017, l’ANSES, l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, publie son troisième rapport sur les habitudes alimentaires des Français et souligne qu’alimentation, hygiène de vie et inégalités sociales sont étroitement liées en France.

Comment expliquer le lien entre habitudes alimentaires et inégalités sociales ?

 

  • Corrélation entre habitudes alimentaires et milieu social

 

Tout d’abord il convient de mettre en évidence cette corrélation entre inégalités sociales et habitudes alimentaires. D’après le rapport de l’ANSES, les individus, ayant suivi des études supérieures, consomment plus de fruits, de légumes, de poissons et de yaourts, contrairement aux individus qui ont cessé leur scolarité au collège. Ceux-ci consomment beaucoup plus de pommes de terre, de viande et de nourriture industrielle. Par ailleurs un individu, exerçant la profession de cadre, consomme deux fois plus de produits issus de l’agriculture biologique qu’un ouvrier ayant arrêté son cursus au collège.

 

        Le rapport révèle que les critères de choix dans l’alimentation sont influencés par l’appartenance des individus à un milieu social particulier. En effet les personnes diplômées de l’enseignement supérieur décident de consommer des aliments dits « bio » parce qu’elles sont influencées par les habitudes alimentaires, et par une éducation inculquée par leur famille, issue d’un milieu social particulier. Cette idée se retrouve également chez les personnes ayant arrêté leurs études au lycée ou au collège. Le milieu social est donc bien un facteur essentiel dans le choix alimentaire des individus.

 

 

 

  • Le problème financier et de l’accessibilité des points de vente de nourriture saine 

 

Plus la catégorie socio-professionnelle est basse, plus le critère financier prend de l’importance dans l’alimentation. Les individus issus de catégories socio-professionnelles plutôt basses, vont en effet privilégier les offres promotionnelles en supermarché ainsi que les aliments de première nécessité et peu coûteux. Pour ceux-ci, il s’agit de la nourriture préparée ou des aliments ayant une forte teneur en matière grasse et en sucres qui leur paraît être la moins coûteuse. Leurs choix d’alimentation vont donc se porter vers des aliments industriels, aux apports nutritionnels faibles, car ils leur paraissent plus accessibles d’un point de vue financier. À l’inverse les individus issus de catégories socio-professionnelles plus élevées se disent moins regardant sur le prix des aliments, car ceux-ci privilégient la qualité. Ils vont donc davantage s’orienter vers des aliments issus de l’agriculture biologique, au coût plus important que la nourriture préparée. Cela restreint nécessairement l’accès à ce type d’aliments à une partie de la population dont le pouvoir d’achat est relativement faible.

Le problème de l’accessibilité physique à ces produits se pose également. En effet les populations de milieu sociaux plus modestes n’ont pas accès à de nombreux points de vente de produits sains, depuis leur lieu de vie. On observe dans ce cas des disparités socio-spatiales, qui révèlent de véritables déserts alimentaires. Ces déserts alimentaires décrivent des aires où se trouvent des populations aux faibles revenus, et ayant un accès médiocre aux lieux de vente de produits alimentaires équilibrés. Ces populations se réfugient ainsi dans les grandes surfaces et la « junk food », qui leur est beaucoup plus accessible. A contrario, les individus aux revenus plus élevés ont les moyens d’habiter dans des espaces où la vente nourriture de bonne qualité est plus fréquente et plus accessible. Cela facilite leur accès à cette nourriture de bonne qualité, ce qui a un impact sur leurs habitudes alimentaires.

  • Le problème de l’information, de l’éducation et du mimétisme social

 

Mais au-delà du critère financier et de l’accessibilité physique, le véritable clivage entre population aisée et population défavorisée au niveau des habitudes alimentaires s’observe dans l’éducation et l’information. Selon l’étude menée par l’ANSES, plus leur niveau d’étude est élevé, plus les individus semblent préoccupés par la qualité des aliments choisis. Effectivement ceux-ci sont plus informés des risques de la malnutrition et des bonnes pratiques alimentaires. Ils vont également s’intéresser davantage à la provenance, au mode de production des aliments et aux signes de qualité. Les populations aux faibles revenus vont, quant à elles, se laisser happer plus facilement par les grandes marques et les offres promotionnelles. Celles-ci vont aussi privilégier l’achat d’aliments en grande surface, qui est une chose beaucoup plus courante dans leurs habitudes que l’achat d’aliments dans les commerces de proximité, qui est beaucoup plus prisé par les populations aux revenus élevés. Il y a donc bien cette idée de l’éducation et de l’information qui influe considérablement sur l’adoption de pratiques alimentaires dans les différents milieux sociaux.

 

Enfin ce qui est un facteur déterminant pour les populations à faibles revenus dans la construction de leurs habitudes alimentaires est le mimétisme social. Les individus, appartenant à cette catégorie sociale, vont chercher à consommer des produits issus de grandes marques agroalimentaires, afin de favoriser leur intégration sociale avec les autres individus de leur milieu. Derrière la consommation de « junk food », fabriquée par les chaînes que l’on connaît tous, il y a une volonté d’appartenance sociale de ces populations, qui n’ont pas accès à tous les services de bonne qualité. Cette idée se retrouve moins chez les populations favorisées.

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