Le Népal... et ses drapeaux de prières

Recherche Google Images : "Népal" - clic 'Entrée' et une multitude d'images de montagne et de drapeaux multicolores apparait. C'est la première image du Népal qu'ont les gens qui n'y sont jamais allé : des drapeaux rouges, bleus, jaunes, verts et blancs tendus sur des cordes qui semblent infinies, accrochées aux temples, ou aux maisons... Mais d'où viennent ces drapeaux et que signifient-ils ?

Le Népal est un petit pays enclavé par l'Himalaya, connu comme le point de départ pour escalader l'Everest. Il est également célèbre pour ses nombreux temples et lieux de culte hindouistes et bouddhistes. Les deux religions correspondant aux deux principaux groupes ethniques présents dans le pays : les indo-népalais (les Paharis) et les tibéto-népalais (les Bhotias). Dans toute la région de l'Himalaya (incluant le nord du Népal mais également le Tibet), il est impossible de ne pas apercevoir l'abondance de ces petits drapeaux multicolores sur lesquels sont écrits et dessinés des symboles et prières bouddhistes en haut des bâtiments, au sommet des cols et aux croisement des chemins.

 

L'origine de ces drapeaux remonte à la tradition Bön, ancêtre de la culture et spiritualité bouddhiste. Les Bönpos accrochaient ces tissus peints de paroles sacrées afin de pacifier la nature et recevoir les bénédictions des dieux et esprits des montagnes.

Aujourd'hui, selon la culture du bouddhisme tibétain, l'air qui souffle dans ces drapeaux véhiculent les quelques 400 prières et mantras qui y sont inscrits et les transmettent aux dieux et à tous les passants touchés par ce vent. En effet selon la croyance, lorsque le vent vient caresser les messages sacrés écrits à l'encre et secouer les légers tissus sensibles à la moindre brise, il purifie et sanctifie l'air autour. Les drapeaux sont ainsi utilisés comme des messagers de paix, compassion, force, bonheur et harmonie à l'intention de chaque être humain. Ils sont accrochés à des moments spécifiques de l'année et de la journée : il est plus propice de les attacher les matins de journées ensoleillées et venteuses.

Au Népal, lors des expéditions dans l'Himalaya, la plupart des sherpa (guides et porteurs du mont Everest) emmènent avec eux ces petits drapeaux pour les déposer au sommet afin de remercier les dieux de les avoir protégés pendant la montée.

 

Auparavant, les designs étaient créés à la main, mais devenus très populaires en Occident, les drapeaux sont aujourd'hui façonnés et imprimés avec des blocs en bois par des artisans tibétains et moines bouddhistes. Les drapeaux de prières sont de cinq couleurs différentes, chacune ayant une signification particulière. Ils sont organisés selon un ordre précis (de gauche à droite) :

  • Le bleu est toujours le drapeau le plus haut, vers le ciel, et symbolise l'espace.

  • Le blanc représente l'air et le vent.

  • Le rouge correspond au feu.

  • Le vert est lié à l'eau.

  • Le jaune à la terre.

Au centre de la plupart des drapeaux est dessiné un Lung Ta, un "cheval du vent" portant sur son dos les "Trois Joyaux" apportant paix, richesse et harmonie. Aux quatre coins des drapeaux, peuvent également être peints les quatre animaux représentant les directions cardinales dans la culture bouddhiste tibétaine : le Garuda (homme-aigle), le dragon, le tigre et le lion des neiges. Ensemble, ils sont symboles de bien-être et prospérité en transformant la mauvaise chance en bonne fortune. On peut le voir notamment au travers des expressions telles que "rlung rta dar ba" en tibétain, traduite littéralement par "la montée du cheval de vent", utilisée quand les choses vont bien pour quelqu'un.

Philippe Cornu dans Le Monde des Religions en 2008 :

"La notion ancienne du Cheval du souffle (loungta) est matérialisée par les drapeaux de prières claquant au vent, censé harmoniser les quatre éléments en l'homme et dans l'environnement pour favoriser chance et prospérité."

Selon la croyance, les paroles sacrées, portées par le vent, se répandent dans l'univers et y occupent une place permanente, alors que l'outil matériel par lequel elles ont été transmises, le drapeau, est confronté aux éléments naturels et finit par disparaitre. Les drapeaux de prières restent cependant des éléments sacrés de la culture bouddhiste et il est important de les traiter avec respect. Il est ainsi interdit de les poser par terre ou de les porter comme vêtements. Les vieux drapeaux doivent être brûlés afin que les prières et bénédictions partent dans l'espace grâce à la fumée et non pas qu'elles soient laissées à l'abandon.

L'abondance des drapeaux est cependant devenue un problème dans certains endroits du Népal, notamment sur le chemin de l'ascension de l'Everest où ils s'accumulent avec des tonnes d'autres déchets. Des opérations de nettoyage sont donc régulièrement organisées pour redescendre les drapeaux afin de désencombrer la montée.

 

Les drapeaux de prière forment ainsi une grande part de la culture bouddhiste au Népal et sont omniprésents dans l'ensemble du pays.

Le projet Népal

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