Mieux comprendre les effets du nouveau BAC

Cette année les lycéens en classe de Première expérimentent les cours et les épreuves de la réforme du bac instaurée par le ministre de l’Education nationale et de la Jeunesse, Jean-Michel Blanquer. Les objectifs de la réforme du baccalauréat sont multiples : il s’agit de lutter contre les inégalités entre les candidats, les différents établissements scolaires et offrir aux élèves un plus large choix de matières. 

 Les élèves de première ne sont en effet plus affectés aux filières traditionnelles S, ES ou L, mais suivent un tronc commun en 1ère avec comme cours le français, la philosophie, l’histoire-géographie, deux langues vivantes, le sport, l’enseignement moral et civique, les sciences humaines, et l’enseignement numériques (qui sont deux nouveaux cours).  Pour ce qui est du bac technologique, aucun changement en vue.

Trois spécialités sont à choisir en début de première, c’est-à-dire trois « majeures », qui les intéressent et seraient en relation avec leurs études futures. On y retrouve les mathématiques, la physique-chimie, les SVT, l’histoire-géographie et géopolitique, les sciences économiques et sociales, l’humanité-littérature-philosophie, les langues et littérature étrangères, l’écologie-agronomie-et-territoires et autres arts, science de l’ingénieur et science du spectacle.

En Terminale les lycéens devront choisir deux de ces trois spécialités, qui seront évaluées et compteront pour bac.

 En ce qui concerne les épreuves, elles favorisent dans un premier temps le contrôle continu qui compte pour 40% de la note finale (30% du bulletin de première et 10% de celui de terminale). Le bac de français reste identique à celui des années précédentes, avec un écrit et un oral en première.

 L’épreuve de Terminale se compose de 4 épreuves : une épreuve pour chaque spécialité choisie en début d’année, une dissertation en philosophie et un « Grand Oral ». Le grand oral sera le fruit d’un projet choisi et encadré en classe, et l’élève passera devant un jury de trois personnes extérieures au lycée.

 Avec ce nouveau bac, il n’y aurait donc plus de « marathon » d’épreuves que les lycéens subissent chaque année, avec une bonne dizaine d’épreuve à passer en moins d’une semaine.  De plus la pluralité des matières permettrait une plus grande liberté de choix pour des lycéens habitués à être classés dans un « moule » scientifique, économique ou littéraire. 

 Il faut dire que depuis sa création en 1808, le baccalauréat a connu bien des évolutions, dont notamment sa massification. Seulement 1 % d'une classe d'âge avait le bac en 1900, 20 % en 1970, 43,5 % en 1990 et un peu moins de 80 % en 2017. Les tentatives de « modernisation » de ces dernières années ont échoué. La dernière date de 2005, lorsque le ministre de l'Éducation François Fillon avait souhaité lui aussi réduire le nombre d'épreuves. Il dut enterrer le projet sous la pression de vastes manifestations lycéennes.

 Mais les critiques à l'encontre de cet examen, vécu comme un rite de passage par les Français, s'aiguisent chaque année. Trop coûteux : son coût est estimé entre 56 millions d'euros - si l'on ne prend en compte que les frais de logistique - et 1,5 milliard selon le premier syndicat des chefs d'établissement. Trop lourd : son organisation ampute une bonne partie du mois de juin dans les lycées.

 Ses contempteurs le jugent aussi inutile puisque le taux de réussite approche les 90 % (sur ceux qui le passent) alors que nombre de bacheliers échouent ensuite à l'université. Et pour les filières sélectives (classes préparatoires, BTS, licences sélectives…), le choix des établissements se base sur le dossier de l'élève, bien avant l'examen de juin.

 En réalité, les lycéens en première choisissent encore les matières en fonction des anciennes filières, il n’y a donc pour l’instant pas de grand changement. 

 Les « pour » :

  1. Un meilleur accompagnement des bacheliers dans leurs études supérieures

Cette nouvelle formule du baccalauréat a pour objectif de mieux préparer les lycéens à leurs études supérieures. En effet, 61% des étudiants n’arrivent pas à valider leur bac +3 (licence, BTS, DUT, etc…) du fait d’un manque de préparation aux matières dispensées en études supérieures au lycée. En préparant dès le lycée les élèves aux matières telles que l’économie, l’agronomie, les sciences politiques ou encore les sciences informatiques, les défenseurs de la réforme pensent ainsi mieux les préparer à leurs études futures (et donc réduire donc le nombre d’étudiants échouant avant le bac+3). La réforme prévoit également la mise en place de 54 heures consacrées à l’orientation dès la Seconde pour accompagner au mieux les élèves dans leur choix de cursus après le lycée.

 

    2. Une meilleure préparation à la vie professionnelle

Ce « nouveau bac » a également pour objectif de permettre aux jeunes lycéens d’acquérir des compétences utiles et appréciées dans le monde professionnel. Le Grand Oral habituerait par exemple les lycéens à la prise de parole devant un public et le travail d’équipe et d’interdisciplinarité : 2 compétences jugées par le gouvernement très utiles.

    3. Favoriser le travail régulier au bachotage

En changeant le système de notation avec désormais 40% de la note finale issue du travail continu, le gouvernement souhaite également encourager les élèves à davantage travailler régulièrement au cours de l’année plutôt que de « bachoter » (= préparer dans la hâte un examen en vue du seul succès pratique) les deux dernières semaines avant l’examen final.

    4. Des parcours plus individualisés

Cette nouvelle formule, dite « à la carte », aurait également pour objectif de permettre aux lycéens de se créer un parcours plus personnel et où il leur serait possible de choisir les matières (= spécialités) qu’ils aiment et qu’ils sont donc le plus susceptibles de vouloir poursuivre dans leurs études supérieures. Si un élève veut changer de spécialité en fin de première il le peut mais il devra cependant suivre un stage de remise à niveau pendant les vacances d’été.

  Les « contre » :

  1. Choisir son avenir à 15 ans : un choix difficile…

Les opposants à la réforme pointent quant à eux du doigt la difficulté que risquent de rencontrer certains des lycéens pour choisir leurs spécialités. En effet, ils analysent comme difficile pour un adolescent de 15 ans de faire, à cet âge et sans connaissances précises des nouvelles matières qui lui sont proposées, des choix qui vont directement influencer son avenir. Selon les pourfendeurs de la réforme, les 54 heures d’orientation ne suffiront pas à rendre le choix plus facile et la possibilité de changer de spécialité en fin de première est selon eux une solution insuffisante (à 16 ans, soit seulement un an plus tard, les étudiants seront-ils vraiment plus au clair quant à ce qu’ils veulent faire plus tard ?)

    2. … et risqué

            De plus, cette nouvelle formule du bac est jugée risquée par ses opposants car ne prend pas totalement en compte la possibilité qu’un élève change d’avis concernant son futur. En effet, que peut faire un élève qui, après avoir fait spécialité Physique-Chimie et S.V.T., change d’avis et décide de s’orienter vers une prépa HEC ? Un élève ayant fait Mathématiques et Sciences Sociales pourra-t-il faire une PACES ? L’ancienne formule, bien que reconnue comme imparfaite par une majorité des opposants à la réforme, avait néanmoins l’avantage d’avoir des filières qui « gardaient toutes les portes ouvertes pour l’avenir » permettant ainsi aux lycéens de retarder de deux ans le moment fatidique du choix des études. 

    3. Des inégalités face aux options

Les opposants mettent également en avant les inégalités créées par cette nouvelle réforme. En effet, face au contrôle continu, les élèves de tel lycée seront-ils évalués de la même façon que les élèves de tel autre lycée ? De plus, il se peut que certaines spécialisations soient offertes dans certains établissements mais pas dans d’autres. Ainsi, la nouvelle réforme pourrait créer des inégalités géographiques entre les lycées. 

    4. Des questions qui restent sans réponse au sujet des prépas notamment

Enfin, de nombreuses questions restent en suspens au sujet des classes préparatoires (CPGE) : quels seront les critères de sélection des prépas ? le niveau en fin de terminale sera-t-il suffisant au vu de ce que les prépas attendent de leurs élèves ? Quid des prépa ECS, ECE et ECT ? Faudra-t-il avoir suivi une spécialité Mathématiques pour intégrer une de ces prépas.

Enfin, si de prime abord, la réforme du bac concerne les élèves de première et de terminale essentiellement, les changements importants tels que la suppression des filières peuvent en laisser perplexes plus d’un dès le collège. En ayant plus de liberté, les lycéens ont aussi beaucoup plus de mal à se décider. C’est pourquoi il est pertinent d’anticiper la réflexion quant au choix des matières optionnelles. Il n’est jamais trop tôt pour s’intéresser à son orientation, et avoir quelques idées en tête avant d’aborder la classe de seconde peut être très pertinent. Cela permet de ne pas être pris au dépourvu et de penser sereinement à son avenir.

 

Pour terminer, des bases solidement acquises au collège sont d’une aide précieuse pour de bons résultats en seconde, et une bonne orientation.

Les P'tits Tutos

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