Sportifs de haut niveau et études, les dés sont jetés

Devenir sportif de haut niveau, devenir champion de France, d’Europe, du monde ou même champion olympique, c’est souvent un rêve de gosse. Les athlètes de haut niveau commencent le sport pour la plupart en primaire et s’y mette vraiment vers l’âge de 16 ans. C’est par exemple le cas de Maëlle Philippe, lanceuse de disque au sein de l’équipe de France d’athlétisme. Cependant, elle explique que ce n’est pas si simple de s’entrainer quotidiennement tout en continuant l’école. Tout d’abord, la sélection est rude car beaucoup de jeunes ont des qualités naturelles bien aguerries, mais il faut faire la différence entre ceux qui ont un potentiel technique ou physique encore à développer et les autres, qui arrivent déjà au bout de leurs aptitudes. Ce n’est pas tout, les jeunes sportifs sont encore souvent au lycée lorsqu’ils sont repérés. Il faut ainsi qu’ils arrivent à concilier sport et études, ce qui nous amène au sujet auquel nous nous intéressons aujourd’hui : peut-on jouer sur les deux tableaux en même temps ? On sait qu’il existe des pôles espoirs, des classes sport études dans divers lycées à travers la France, mais bien souvent, et c’est encore le cas de Maëlle, les élèves n’ont pas d’emploi du temps aménagé. Comme la jeune athlète de 23 ans le souligne, on demande à nos jeunes d’être excellents à l’école et dans le sport, ce qui, sans être impossible, s’avère très compliqué. Leur vie est alors rythmée entre les cours la journée, les entrainements le soir, puis lorsqu’ils rentrent, leurs devoirs, et ce chaque semaine afin de préparer les compétitions du week-end. Heureusement qu’ils jouissent d’un soutien familial important, de professeurs conciliants et d’entraineurs impliqués. On comprend alors que les athlètes souffrent principalement d’un manque de temps.

Comment faire pour aider nos athlètes qu’on aimerait chérir davantage, au-delà de leur « simple talent » ? Il est vrai qu’on prend souvent les Etats-Unis en exemple lorsqu’il s’agit de concilier sport et études et ce n’est pas si hasardeux. En effet, bon nombre de nos athlètes partent faire leurs études outre atlantique afin de profiter des infrastructures et de la bourse qui leur est offerte. C’est par exemple le choix qu’a fait Dior Delophont, ancienne licenciée de l’Asptt Nancy Athlétisme en s’expatriant à l’université de Kent States dans l’Ohio. Mais comment faire pour garder nos jeunes talents sur le sol français alors que dans bon nombre de cas, ils n’avaient pas envisagé une carrière sportive ?  

Certains établissements, notamment dans le supérieur, ont prévu des programmes spéciaux pour attirer les sportifs de haut niveau. C’est le cas de Sciences Po Paris qui a créé un programme spécial pour les étudiants sportifs en bachelor. Ils ont ainsi un emploi du temps adapté et ont accès aux infrastructures nécessaires à leur réussite sportive. Une fois leur licence terminée, ils peuvent tenter les concours d’entrée en master et ainsi continuer d’allier leurs deux passions. Lola Bannaroche est ainsi en train de finir son master marketing en parallèle de sa carrière internationale de judokate avec déjà à son compteur une médaille d’or aux Universiades, équivalent des Jeux Olympiques pour les étudiants, en 2019 à Taipei. Elle explique dans une interview pour Sciences Po qu’il est impossible de conjuguer les deux sans un emploi du temps spécialisé. Sa semaine est relativement active avec 15 à 20 heures d’entrainement, 10 heures de transport pour rejoindre l’INSEP et ainsi s’entrainer dans les meilleures conditions, les compétitions quasiment hebdomadaires et heureusement « seulement » 8 heures de cours à Sciences Po. On comprend alors la complexité dans laquelle les sportifs de haut niveau exercent leurs deux métiers. Pourtant, il semble essentiel pour ces derniers de poursuivre leurs études afin de préparer leur après-carrière.

 

On sait que beaucoup de sportifs de renommée internationale ont du mal à se reconvertir car ils ont mis leurs études entre parenthèses lorsqu’ils étaient jeunes ; certains arrivent à se reconvertir dans un autre sport comme Luc Alphand qui, après avoir été vainqueur de la coupe du monde de ski en 1997 s’est rabattu sur le rallye. Il a d’ailleurs gagné le Dakar en 2006. Mais la plupart ne réussit pas ce tour de force, on peut par exemple citer Florent Manaudou dont la parenthèse handballeuse fut aussi courte qu’infructueuse.

De plus, le sport peut avoir des bénéfices sur les études. Pierre Chevrier va d’ailleurs jusqu’à affirmer que « continuer ses études, c’est un moyen de réussir sportivement ».

C’est pourquoi d’autres établissements ont mis en place des systèmes divers et variés pour attirer les sportifs. A Grenoble, on peut nommer le dispositif Inter’Val qui permet, comme l’explique Simon Valverde -guide pour athlètes handisports-, de se concentrer sur la saison sportive avant d’attaquer les cours à l’Université Grenoble Alpes dans différents cursus. Selon lui, cela permet aux athlètes valides autant qu’handicapés, ainsi qu’aux guides -souvent peu reconnus comme sportifs de haut niveau et donc ne bénéficiant pas des aides, de « vivre les deux expériences à fond » et de maximiser leurs chances de réussite dans les deux domaines.

L’UGA est d’ailleurs reconnue comme l’une des principales universités s’adaptant aux étudiants ayant la double casquette. Selon divers étudiants en droit, en STAPS, qu’ils soient en master ou en licence, la faculté met à leur disposition d’importants moyens les guidant vers la réussite, notamment à travers le CUFE Athlétisme (Centre universitaire de formation et d’entrainement).

Tout d’abord sur le plan sportif, les entraineurs y sont de bonne qualité, ils suivent leurs athlètes originaires de toute la région Rhône-Alpes Auvergne et organisent un plan d’entrainement en accord avec l’entraineur du club d’origine de l’athlète, comme pour Gauthier Laffont licencié à Montélimar, s’entrainant à Grenoble du lundi au jeudi avant de finir sa semaine plus au Sud. De plus, les infrastructures sont nombreuses et de bonne facture. Elles sont à portée de main des athlètes, qui, à peine sortis de cours, rejoignent la piste pour commencer leur séance du jour. Les sportifs peuvent également profiter d’autres infrastructures comme la piscine pour la récupération et ont surtout accès à un cabinet de santé sport avec une grande amplitude au niveau des horaires et plus particulièrement des créneaux réservés pour les sportifs de haut niveau. Ce cabinet donne accès à des bains froids, des jambes de drainage et autres infrastructures aidant à la récupération. Une équipe de kinésithérapeutes est également disponible pour les masser, guérir au plus vite les blessures liées à la pratique de leur sport et prendre les mesures nécessaires pour adapter les entrainements et ainsi ne pas mettre de côté la carrière sportives des jeunes. Enfin sur le plan scolaire, les sportifs de haut niveau bénéficient de l’accompagnement d’un tuteur, qui aménage leur emploi du temps, met en place des séances de soutien si l’étudiant ressent des difficultés dans une matière et confectionne des programmes de révision. Tout cela en consultation directe avec l’étudiant, qui reste maitre de ses décisions. Ainsi, selon quelques athlètes, de la lanceuse de javelot au coureur de 400m haies en passant par la sauteuse en longueur, l’université crée un cadre idéal pour qu’ils puissent suivre un cursus universitaire en même temps que de mener à bien leur carrière sportive.

Finalement, on voit que les établissements supérieurs français développent des programmes ou aménagent les emplois du temps pour attirer les sportifs de haut niveau. Ils représentent un atout pour les écoles. Effectivement, Paul Deshays, ancien directeur des sports à l’Université Paris Dauphine, explique que « les sportifs de haut niveau sont excellents, [ils ont] une intelligence vive, un esprit pratique, et sont différents des élèves auxquels on est habitués, aussi brillants soient-ils ». Beaucoup d’écoles de commerce telles que Grenoble École de Management ou des écoles d’ingénieurs comme les INSA accueillent de plus en plus d’étudiants sportifs dans des programmes plus ou moins spécifiques.

La France a ainsi pris exemple sur les États-Unis, qui favorisent la pratique d’un sport de haut niveau au même titre que les études et cela semble plutôt bien fonctionner. Il reste maintenant à généraliser cette pratique à tous les établissements supérieurs et pourquoi pas, dans une plus large mesure, aux lycées…

Les P'tits Athlètes

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