Le dopage dans le sport de haut niveau :

Gangrène ou effet d'aubaine

Après l’éclosion de nombreux scandales dans le cyclisme, dont la chute de Lance Armstrong à qui on a retiré ses sept titres du tour de France suite au dopage, celui-ci revient au centre de tous les débats. En effet, il semble revenir en force dans plusieurs sports tels que la natation, le rugby ou encore l’athlétisme ; si bien que la Russie a été suspendue pour les prochains Jeux Olympiques de Tokyo arrivant cet été.

 

Dans les plus hautes sphères du sport international, le dopage semble être vu comme un vice dont il faut absolument se débarrasser. On a de ce fait créé des organismes pour lutter contre le dopage. Ceux-ci sont souvent relayés au niveau national avec des organismes de contrôle.

 

En France, l’AFLD (association française pour la lutte contre le dopage) lutte contre cette pratique en organisant des contrôles lors des compétitions, mais aussi en suivant les athlètes à distance. Effectivement, tous les athlètes d’un certain niveau -souvent à partir d’un niveau national- doivent indiquer leur lieu de résidence, être géolocalisable à n’importe quelle heure du jour et de la nuit et enfin être enclin à subir un contrôle inopiné par les agents officiels. Ceci est un protocole très strict que les athlètes jugent parfois contraignant mais que la plupart comprennent et cautionnent, comme l’explique Mathieu Collet au cours d’une conférence à Grenoble Ecole de Management en février 2020. Les agents de l’AFLD partent alors à la chasse au dopage dans le monde entier afin d’épingler les athlètes qu’ils soupçonnent.

Le moindre soupçon peut faire polémique. On peut notamment penser à l’affaire Calvin qui est en train de ravager l’athlétisme français. Clémence Calvin, marathonienne française de 32 ans se serait en effet soustraite à un contrôle au cours d’un séjour d'entraînement en altitude en mars 2019 au Maroc. Alors qu’elle dément les faits en expliquant que les agents ne se seraient pas présentés comme appartenant au personnel de l’AFLD, ces derniers affirment que son mari et entraîneur Samir Dahmani se serait interposé pour qu’elle puisse prendre la fuite et éviter ainsi le contrôle. La justice est actuellement en train de répondre aux accusations de l’AFLD contre Clémence Calvin pour diffamation, tandis que cette dernière reste suspendue jusqu’à nouvel ordre. Alors que la marathonienne était inscrite sur le marathon de Paris quelques jours après la controverse, elle fut autorisée à participer pour cause de présomption d’innocence, mais bien qu’ayant battu le record de France, celui-ci ne fut pas homologuée à cause de la procédure judiciaire en cours.  La filiale française semble alors s’employer ardemment pour lutter contre le dopage dans le pays. Cependant, ce n’est pas le cas de tous. La Jamaïque, ainsi que le Kenya ont notamment été rappelés à l’ordre par le CIO (comité international olympique) pour qu’ils effectuent davantage de contrôles et que ceux-ci soient plus performants. Il est vrai que les 172 contrôles effectués en 2012 en Jamaïque sont bien loin des 4051 réalisés aux États-Unis sur la même année. Là encore, il faut noter que seuls 71 d’entre eux ont été menés hors compétitions et la légende du 100m Asafa Powell fut contrôlé positif quatre fois au cours de ces examens. L’agence mondiale antidopage a alors averti le pays d’une possible suspension aux mondiaux d’athlétisme de Moscou en 2013 et aux JO de Rio en 2016 ; sanction qui n’a finalement pas été appliquée. Les pays sont plus ou moins regardants au sujet du dopage et notamment du dopage organisé.

Certains pays prennent même part à un système de dopage à grande échelle. La Russie est par exemple soupçonnée d’avoir dopé ses sportifs -parfois à leur insu- afin de remporter davantage de médailles dans les compétitions internationales. La justice a jugé que le dopage était institutionnalisé par des hauts fonctionnaires et impliquant des agents secrets qui auraient échangé des fioles d’urines positives afin de ne pas compromettre les athlètes russes lors des contrôles à la fin des courses en particulier.

Ces derniers sont d’ailleurs victimes de ces choix car le « système de dopage sécurisé » décrit par le juriste canadien McLaren pour l’Agence Mondiale Antidopage oblige plus ou moins les athlètes à se doper pour pouvoir participer aux grandes compétitions internationales. Le sport paraît alors gangréné par le dopage et menace les sportifs directement. Il ne faut pas oublier que le dopage rend malade voire tue ! Certains penseront directement à Armstrong atteint d’un cancer des testicules, mais aucun parallèle n’a pu être établi entre dopage et cancer. La pratique intensive du cyclisme serait une cause bien plus plausible. Cependant, l’affaire des « veuves du Calcio » datant de la fin des années 1990 dans le football italien montre que les footballeurs de la botte sont deux à dix fois plus sujets que le reste de la population italienne aux maladies selon un rapport commandé par le procureur italien Raffaele Guariniello. Parmi ces maladies, on notera les cancers du côlon, du foie, les leucémies ou encore les scléroses. De plus, la prise trop importante de stéroïdes chez les sportifs de haut niveau peut accentuer la fatigue voire mener à l’épuisement.

Une vraie chasse au dopés et aux produits dopants est alors lancé. Cela passe aussi par la médiatisation. Bon nombre d’athlètes français tels que Yohann Diniz (recordman du monde du 50km marche) publie des messages pour défendre le fait qu’ils sont propres. A Amsterdam, lors des championnats d’Europe d’athlétisme en 2016, de nouveaux dossards ont été imprimés avec la mention « I run clean ».

Pourquoi se lancer dans une chasse aux sorcières aussi féroce ? C’est une réelle question, est-ce que le dopage ne sert pas finalement la médiatisation du sport ? En effet, les records battus, les performances incroyables et la lutte entre les athlètes lors d’une course impressionnent autant les sportifs que les non-sportifs. Que vous connaissiez quelque chose à la discipline en question ou non, le sport de haut niveau vous fait vibrer.

Lorsqu’on voit les rebondissements dans les étapes montagnardes du Tour de France, les attaques de Christopher Froome dans les virages de la montée à l’Alpe d’Huez ou encore Michael Phelps rafler 28 médailles entre 2004 et 2016, bien-sûr on est impressionné, on vibre et on en lâche même quelques larmes. Le sport de haut niveau sert aussi à faire vivre des moments inoubliables. Alors certes, tous ces athlètes ne sont pas forcément dopés, on ne saura d’ailleurs probablement jamais qui l’est ou l'eût été vraiment, mais peut-être qu’il permet de nous divertir. Le dévoilement d’un athlète dopé, notamment lorsqu’il est vu comme un ambassadeur, fait alors beaucoup de mal à son sport. On l’a vécu avec Armstrong, certains se posent des questions par rapport à Bolt, mais ce qui est sûr c’est qu’on n’a pas fini de voir des exploits et d’entendre parler de dopage à la suite de ceux-ci.

Il faut aussi dire que l’industrie du dopage a toujours une longueur d’avance sur les agences de lutte antidopage. Ainsi, on court derrière en permanence et on ne pourra jamais endiguer ce phénomène. Et je parle ici seulement du dopage médicamenteux, mais il ne faut pas oublier le dopage technique.

On a par exemple interdit les combinaisons intégrales en natation à la suite des JO de Pékin en 2008, est-ce que l’on considère ça comme du dopage ? Des records sont bel et bien tombés depuis.

Le sport continue de faire vibrer des générations. Tantôt vu comme dangereux, il est combattu férocement par les instances internationales et nationales. Mais ne sert-il pas à promouvoir le sport ? Tout dépend du point de vue et du sens que l’on souhaite donner au sport de haut niveau…

Le projet P'tits Athlètes

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