Pauvreté et exclusion sociale sont les deux faces d’une même pièce, celle que peu de gens donnent lorsqu’ils croisent une personne sans abri. La pauvreté est visible, elle est omniprésente. Les pays sous-développés, autrement appelés le tiers-monde, sont naturellement les premières pensées qui nous viennent lorsqu’on entend ce mot. Mais dans les pays développés, au cœur des villes, la pauvreté est aussi présente. Et pourtant, nous n’y pensons pas assez. Ce manque de reconnaissance voire cette invisibilisation des sans-abris provoque une perte totale de lien social. Un lien qui s’est encore plus dégradé avec la crise du Covid-19 et les mesures de restriction.

De qui parle-t-on ? 

                   Dans l’imaginaire collectif les personnes sans-abris et celles sans domicile fixe sont les mêmes. Cependant, les deux termes ne sont pas interchangeables et illustrent des conditions diverses. En effet, les personnes sans domicile fixe ne sont pas forcément à la rue. Les SDF, comme leur nom l’indique n’ont pas de domicile fixe, ce qui veut dire qu’ils sont contraints à la mobilité. Que ce soit dans la rue, dans des squats ou des hôtels, chez des amis ou dans des centres d’hébergement d’urgence, ils n’ont pas de logement à eux. C’est la précarité du logement qui définit ces 300 000 personnes en France. Alors qu’une personne sans-abri est avant tout quelqu’un qui dort de manière durable dans un lieu non dédié à l’hébergement (la rue, un abri de fortune, etc..).

Comment devient-on sans-abri ?

              Les personnes sans-abris vivent paradoxalement dans notre société mais en sont exclus. Exclus par les membres de cette société mais aussi par eux-mêmes. Devenir sans-abri n’est pas immédiat, au contraire, c’est un processus. Il commence souvent par la perte d’un emploi ou de revenu stable, il peut passer par une instabilité familiale et sociale mais il continue surtout après la perte de logement. Plus une personne sans abri le reste plus elle perd de ce lien social qui fait de la société ce qu’elle est, c’est-à-dire, un ensemble d’individus organisés. Le processus a souvent des origines économiques mais c’est bien l’absence de lien social qui contraint ces personnes à rester dans cette situation. 

Mais alors pourquoi sont-ils exclus de la société ?

             En effet, dans la rue les sans-abris sont confrontés à une absence d‘interaction sociale qui a pour source un certain nombre de préjugés.

             Pour la plupart, les sans-abris n’ont aucun revenu et le seul recours pour se procurer de la nourriture, des produits d’hygiène ou des vêtements est de mendier que ce soit dans la rue ou dans les transports publics. Mais la majorité des personnes ont des a priori quant à donner une pièce que ce soit volontairement ou non. En effet, un des nombreux préjugés est que l’argent récolté par les sans-abris servirait à financer une consommation d’alcool. La raison de celui-ci est simple, les éléments les plus perturbateurs font plus de bruits que les autres. Les sans-abris qui se réfugient dans l’alcool (pour se protéger du froid ou d’autres raisons) sont une minorité. Ils ne représentent que 21% de cette population. A titre de comparaison 15% des hommes souffrent d’alcoolisme en France. Par ailleurs, il n’est pas nécessaire de donner de l’argent si l’on veut aider, un ticket restaurant, de la nourriture directement ou encore des produits d’hygiène sont souvent plus utiles.

             Par nature nous avons peur de ce que nous ne connaissons pas et c’est ce reflexe qui motive notre comportement lorsque l’on croise un sans-abri. Certains imaginent qu’ils sont fous, encore une fois les plus bruyants sont les plus visibles mais cette population n’est pas dangereuse, 68% n’ont aucun trouble psychique sévère selon le Dr Mercuel, (psychiatre, spécialiste de la grande précarité). Toutefois, parce qu’ils sont privés de lien social, les sans-abris souffrent de différents problèmes psychiques. Le plus répandu est naturellement la dépression. 

 

            Un autre préjugé est que l’argent de la mendicité permet de s’enrichir. Une pensée infondée puisqu’en moyenne, leur revenu quotidien est de 15€. Cela couvre à peine les dépenses pour se nourrir sans compter celles concernant l’hygiène ou le transport.

 

             Les sans-abris ne sont pas n’ont plus des fainéants. En effet, ¼ travaillent et 10% sont diplômés mais sont soumis à une grande précarité de l’emploi souvent liée à leur condition selon l’INSEE. Par ailleurs, 39% veulent travailler et sont inscrits au chômage. Ainsi, seulement 37% sont des inactifs, et pas forcément par choix.

Le Covid-19 et les sans-abris

            Avec les confinements, les couvre-feux et les gestes barrières, les sans-abris sont les premiers touchés de la crise du Covid-19. Comment se confiner et se protéger du virus si l’on n’a pas d’espace à soi ou si on n’a pas de produit d’hygiène ? 

           L’impact sur cette population est à tous les niveaux. L’État a prévu de les héberger mais les places sont bien entendu insuffisantes et les conditions ne sont pas optimales au respect des gestes barrières. A titre d’exemple, 40% des personnes sans-abris de Paris ont été contaminées par le virus.

 

          Ceux qui sont alors restés dans la rue depuis mars ont dû faire face à de nombreuses difficultés. En plus du virus lui-même, les sans-abris qui souffraient déjà du manque de lien social ont vu les rues se dépeupler et la dématérialisation de la monnaie accentuée par le Covid-19 a fait chuter les revenus de la mendicité de 15€ à 1€ par jour en moyenne.

 

       Les infrastructures et services destinés aux sans-abris ont été fermés lors du premier confinement et les associations ont souffert d’un manque de bénévoles qui sont souvent des personnes âgées. 

Les associations : un véritable soutien

             Lors du second confinement, les associations ont pu continuer une certaine activité qui est venue en complément de l’aide exceptionnelle de l’État. Des distributions de nourriture et des maraudes se sont développées sur tout le territoire comme à Grenoble où l’association étudiante PEPS organise régulièrement des maraudes à destination des sans-abris de la ville où ils distribuent un peu de nourriture, des vêtements chauds ou des produits d’hygiène mais qui surtout viennent parler avec ces personnes en difficultés.

 

            Ainsi, depuis mars dernier, les conditions ont été encore plus difficiles pour les sans-abris qui apparaissent comme les oubliés de la crise. Elle a accentué la carence d’interaction sociale et exclu encore un peu plus les membres de notre société. Bien que l’aide apportée par l’Etat et les associations telles que Vinci, la croix rouge ou les associations étudiantes a permis de refermer un peu la plaie, les conséquences économiques de la crise laissent penser que le nombre de SDF va augmenter dans les prochains mois et que le retour à la rue sera de grande ampleur pour les sans-abris. Les mesures exceptionnelles de l’état n’ont en effet pas vocation à être permanente.

Dylan Marsault, rédacteur pour Savoir Oser la Solidarité

 

 

Sources :

https://blog.entourage.social/2018/06/18/sdf-ou-sans-abri-quelle-definition-quelle-difference/

https://www.simplecommebonjour.org/?p=24

https://www.simplecommebonjour.org/?p=4

https://blog.entourage.social/2017/06/13/les-sdf-sont-des-faineants-ils-ne-veulent-pas-travailler-vraiment/

https://www.samusocial.paris/comment-aider-les-personnes-sdf-et-sans-abri

https://www.francetvinfo.fr/replay-radio/le-choix-franceinfo/on-est-deja-des-virus-pour-les-gens-les-sans-abri-grands-oublies-de-la-crise-sanitaire-du-covid-19_4194659.html

http://www.slate.fr/story/197498/crise-covid-19-pandemie-aggrave-isolement-social-sdf-sans-abri-difficultes

https://www.franceinter.fr/societe/sans-abris-au-temps-du-covid-ces-prochains-mois-vont-etre-difficiles-au-bois-de-vincennes

https://unric.org/fr/covid-19-comment-se-confiner-quand-on-na-pas-de-toit-2/

https://www.youtube.com/watch?v=aVobOfVgELg&feature=youtu.be

https://www.youtube.com/watch?v=zSqpvcbbRT0&feature=youtu.be

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