Réfugiés et migrations : où en est-on aujourd’hui ?

« Devant la persécution, toute personne a le droit de chercher et de bénéficier de l’asile en d'autres pays. » article 14 de la Déclaration universelle des droits de l’homme.

Dans notre monde interconnecté, la notion de frontière s’efface et les mouvements s’intensifient. La mer, le désert, les murs ne sont plus des obstacles mais des points de passage. La pandémie a toutefois renforcé le concept de frontière, fermant toutes les voies d’accès des territoires afin de limiter la propagation. La migration est devenue encore plus difficile alors même que ses raisons ont été exacerbées (nous y reviendrons). De l’Amérique Latine à la Grèce, porte d’entrée de l’Europe, 80 millions de déplacés dont 26 millions de réfugiés ont ressenti ce brusque bouleversement.

Réfugié ou migrant ?

Migrants et réfugiés ne transmettent pas la même réalité. Un migrant n’est pas forcément un réfugié. Selon la Convention de Genève du 28 juillet 1951, un réfugié est une personne qui « craignant avec raison d'être persécutée du fait de sa race, de sa religion, de sa nationalité, de son appartenance à un certain groupe social ou de ses opinions politiques, se trouve hors du pays dont elle a la nationalité et qui ne peut […] ou ne veut y retourner. » Un migrant quant à lui est selon les Nations Unies, « toute personne qui a résidé dans un pays étranger pendant plus d’une année, quelles que soient les causes, volontaires ou involontaires, du mouvement, et quels que soient les moyens, réguliers ou irréguliers, utilisés pour migrer ». 

Un réfugié est alors en droit de demander l’asile selon les principes de la Déclaration universelle des droits de l’homme « devant la persécution, toute personne a le droit de chercher et de bénéficier de l’asile en d'autres pays. » article 14.

L’impact de la pandémie

Mais qu’elles soient économiques, politiques ou sociales, les volontés d' émigrer sont éminemment plus présentes dans les pays en développement où la pauvreté est plus grande et où les sociétés sont plus instables. Les mesures sanitaires des gouvernements, le ralentissement de l’activité économique des pays développés ont alors eu un impact dévastateur sur les pays en développement, brisant la chaine de valeur internationale.

Très présent dans les pays en développement, le marché de l’emploi informel s’est écroulé, privant ainsi toute une partie de la population de revenus. Les raisons économiques de la migration s’intensifient au même titre que les raisons politiques et sociales alors même que les guerres comme en Syrie, en Somalie, en République démocratique du Congo (RDC) ou au Yémen ne se sont pas arrêtées avec le virus. La pandémie a ainsi fait naitre un paradoxe migratoire : les raisons d’émigrer sont exacerbées tandis que les frontières se verrouillent et que les possibilités de circuler s’amenuisent. Lors du pic de la première vague, 168 pays avaient fermé entièrement ou partiellement leurs frontières et 90 ne faisaient aucune exception pour les demandeurs d’asile. 

Des pays d’accueil débordés

Autre paradoxe la pandémie a créé des déplacements : Les réfugiés et demandeurs d’asile installés dans les pays d’accueils ont été contraints de rentrer dans leur pays d’origine. En effet, les mesures sanitaires comme les confinements ont mis à mal les moyens de subsistance de nombreux réfugiés. Mais ce sont également les procédures de rapatriement et d’expulsion qui se sont durcies pendant la crise.

Les pays d’accueils et de destination (qui ne sont bien souvent pas les mêmes) sont en effet engorgés par un flux constant de population que la pandémie a certes réduit mais n’a pas fait disparaitre. Entre politique migratoire des différents Etats, lenteur des procédures de demande d’asile, manque d’infrastructures convenables et des systèmes de santé saturés, la seule option de beaucoup de pays a été l’expulsion et le rapatriement massif des réfugiés, au détriment parfois de leur droit à l’exil. 

La Grèce : La complexité d’un carrefour migratoire et de la porte d’entrée de l’Europe

La stratégie la plus commune a été de verrouiller les frontières et refouler le flux migratoire comme en Amérique Latine où une caravane de 9000 Honduriens a été stoppée le 17 janvier dernier par les autorités guatémaltèques. La pandémie permet à certains Etats de bloquer les migrations au nom de la sécurité sanitaire mais au détriment de la santé des réfugiés qui voyagent dans des conditions de vie indécentes avec l’impossibilité d’assurer une bonne hygiène, particulièrement en période de Covid-19.

 

Mais les réfugiés ne sont pas toujours en déplacement, bien au contraire, beaucoup d’entre eux restent des années dans des centres et des camps de réfugiés censés être des lieux de passage provisoires. C’est le cas du camp de Moria sur Lesbos une île grecque au large de la Turquie où 12.700 personnes (soit quatre fois sa capacité d’accueil) étaient hébergées les 8 et 9 septembre 2020 lorsque deux incendies successifs ont ravagé le camp, laissant des milliers de personnes sans abri. Ces incendies sont les symptômes d’un mal plus vieux que le Covid-19, celui de la surpopulation des camps de migrants aux portes de l’Europe. La pandémie a précarisé encore plus les conditions de vie dans ces centres. Les incendies n’étaient pas des accidents, mais un cri de détresse des résidents face aux mesures de restrictions et aux conditions d’hygiène rendant impossible l’application des gestes barrières alors même que 35 résidents au moins avaient été testé positifs au virus et qu’une quarantaine de quinze jours avait été décrétée.

Quel bilan ?

Les mesures sanitaires ne peuvent pas être respectées dans ces camps où ils ne peuvent se laver les mains régulièrement et où ils ne peuvent s’isoler. A titre indicatif, à la fin mars il y avait un robinet pour 1 300 personnes dans le camp de Moria. La pandémie a également eu d’autres conséquences : « La santé mentale des réfugiés a été décimée cette année, suite aux incendies dévastateurs de Lesbos et Samos, au Covid-19 et aux restrictions qui en ont découlé » explique Dimitra Kalogeropoulou, directrice du Comité International de Secours pour la Grèce.

 

La pandémie n’a donc pas arrêté les migrations, elle a au contraire accentué ses raisons et a rendu le chemin plus difficile et dangereux, précarisant encore plus des millions de réfugiés vulnérables. Les refoulements aux frontières et les retours dans les pays d’origine des réfugiés ont ainsi fait émerger le risque que ces pays instables ne puissent gérer un tel afflux en même temps que le virus. Quelques Etats comme le Portugal, l’Italie ou l’Espagne ont toutefois choisi de faciliter la situation des migrants et réfugiés afin de mieux combattre la pandémie en régularisant une partie de cette population. Mais la pandémie ne fait que mettre à jour la complexité des migrations, la permanence des guerres et la fragilité des systèmes d’accueil. Pourtant ces flux ont vocation à s’intensifier durant les prochaines décennies notamment avec l’arrivée massive de nouveaux réfugiés : les réfugiés climatiques.

Dylan Marsault, rédacteur pour Savoir Oser la Solidarité

 

 

 

 

Sources :

La pandémie de Covid-19 et les réfugiés. ArcGIS StoryMaps. https://storymaps.arcgis.com/stories/3368df48b4c84021b450a5f46d2173a9

OMS | Les réfugiés et la COVID-19 : Pour une riposte globale en matière de santé publique. WHO. https://doi.org/10.2471/BLT.20.271080

ICI.Radio-Canada.ca, Z. I.-. Le Guatemala freine par la force les migrants honduriens en route vers les États-Unis. Radio-Canada.ca. https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1763878/guatemala-honduras-caravane-migrants-gaz-lacrymogene-matraques-coronavirus

Covid-19, migrations et parcours. https://calenda.org/838235

Covid-19 : « Les migrants dans les camps grecs ne représentent pas un danger, ce sont eux qui sont en danger ». (2020, juin 25). InfoMigrants. https://www.infomigrants.net/fr/post/25589/covid-19-les-migrants-dans-les-camps-grecs-ne-representent-pas-un-danger-ce-sont-eux-qui-sont-en-danger

Grèce : Nouvel incendie dans le camp de migrants de Moria sur l’île de Lesbos. LEFIGARO. https://www.lefigaro.fr/flash-actu/grece-nouvel-incendie-dans-le-camp-de-migrants-de-moria-sur-l-ile-de-lesbos-20200909

Grèce : Hausse des cas d’automutilation lors du confinement dans les camps de migrants. LEFIGARO. https://www.lefigaro.fr/flash-actu/grece-hausse-des-cas-d-automutilation-lors-du-confinement-dans-les-camps-de-migrants-20201217

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